Voyons voir
Véronique Lespérat-Héquet
Résidence MIAA groupe EPHESE à Saint Quentin (02)
Du 3 février au 17 avril et du 22 au 24 septembre 2020 (REPORT COVID-19)
Résidence à l’Auberge de jeunesse de Lille
Du 15 janvier au 28 février 2021
Le regard, mon regard, ton regard, je regarde, je te regarde, tu me regardes, qu’est-ce que je vois, qu’est-ce que je choisi de regarder, comment je regarde, comment, je te/me/nous/les regarde, avoir à voir, qu’est-ce que je montre, regarder ailleurs, ne pas avoir froid aux yeux, observer, scruter, fixer, contempler, se dévisager, avoir le droit de son regard et le poser.
Neuf semaines de présence quotidienne dans deux structures de soin, 123 enfants de 7 à 17 ans, une équipe d’encadrement d’une cinquantaine de personnes. D’abord prendre la mesure des lieux, apprivoiser les fonctionnements, commencer par poser des images ici et là pour signaler une présence, faire que des questions se posent ; au hasard des couloirs dire qui je suis, « l’artiste » en résidence, dire aussi que je suis là pour inventer avec elles et eux, je ne sais pas quoi on verra. Je rebondis sur les questions les étonnements les phrases. Le lieu est très lumineux, il y a des couloirs vitrés, un hall vitré, plein de fenêtres alors quoi de mieux pour détourner le regard que d’y laisser des traces en mots, dessins, en ajouter ou retirer un peu chaque jour, poétiser l’espace et rebondir là aussi sur ce que ça évoque. Alioth la grande Ourse lumineuse est arrivée aussi, on ne sait pas ce qu’elle fait là, si ça se trouve on va lui inventer son histoire .. ou pas ! Sinon elle sera juste une présence qui se pose à différents endroits et qui est déjà familière. Et puis pour se donner à voir avec pudeur, on va faire le tour de soi et montrer ce qu’on a dans la tête, montrer sa part d’ombre, celle qui nous définit ; on s’assied, on éteins la lumière du dehors et on allume juste celle qui dessine notre contour, la silhouette de moi qui regarde plus loin, et alors on dessine dedans ce qu’on a dans la tête ; après on va se faire une beauté sombre dans les ateliers de bois et de peinture et puis on se repose un peu au soleil et là on commence à montrer qui on est, au hasard des éclaircies. Plus tard on se mettra en scène pour dévoiler un peu plus son intérieur sur grand écran et on partagera l’espace avec d’autres silhouettes, on construira un moment éphémère d’histoire croisées. Le silence du début peu à peu se remplit, on se parle, on rit, les guitares se promènent, quelquefois dorment près des lits, on s’assied dans le couloir à deux ou dix et on chante, juste pour chanter, sans préméditation, c’est la cacophonie joyeuse et puis on s’écoute et ça sonne et du coup on sourit. On construit des petits théâtres en carton et en bois pour raconter nos micros histoires d’ombres avec de la lumière dedans, alors si ça fait rire ou pleurer, là on sourit aussi. La poésie y’en a partout et puis surtout quand on a les meilleurs « handicateurs « ou « radiateurs » qui sont là pour nous guider et puis aussi parce que sinon jamais on aurait su que « les anges mangent du poulet ».
Véronique Lespérat Héquet
Voyez-vous ça