Sayeh Sirvani pour L’ivresse des profondeurs

En compagnonnage : 2021
Dates de résidence au Tas de Sable : NC
Présentation du travail : NC

DOSSIER DE PRODUCTION

Sayeh Sirvani

Metteure en scène, marionnettiste et actrice, Sayeh SIRVANI intègre les beaux arts à l’université de Téhéran dans la section théâtre de marionnettes en 2009.

Après 5 années d’études durant lesquelles elle approfondit sa pratique et ses connaissances de la marionnette traditionnelle iranienne, elle décide de partir en France pour élargir sa vision de la marionnette.

Après une année de master à l’Université de Nice en arts vivants, elle intègre l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette à Charleville-Mézières dont elle sort diplômée en juin 2019.

En parallèle de ses études, en deuxième année, Sayeh décide de sa propre initiative de mettre en scène MacBeth ou la comédie des sorcières, qu’elle jouera au théâtre de la Nef avec plusieurs de ses camarades de promotion. De janvier à Mai 2020 elle a été compagnonne du Tas de Sable – Ches Panses Vertes.

Dans son travail, Sayeh s’intéresse beaucoup aux tissus et leurs textures, aux costumes, devenant marionnette ou transformant le corps.

Interview de Sayeh

Peux-tu nous raconter ton parcours, comment la marionnette est venue à toi ?

Je suis diplômée de université Beaux-arts de Téhéran parcours théâtre de la Marionnette. Ensuite pour faire master de théâtre je suis venu en France et j’ai fais plus en plus connaissance avec ESNAM dont j avais déjà entendu parlé durant mes études en Iran .
Après d’avoir été  admis dans la 11ème  promotion de cette école j’ai décidé d’arrêter les études universitaires et de  reprendre l’apprentissage de théâtre plus concrètement.

Quelle est ton approche artistique ?

Je suis très intéressée par les costumes du fait qu’ils ne sont pas juste des costumes. Ils peuvent se transformer et s’adapter aux scénographies, les accessoires, l’écran d’ombre et …
Ce ne sont pas des déguisements, ils doivent avoir des caractéristiques qui les identifient aux personnages.
J’ai commencé à  apprendre les  marionnettes avec la base majoritairement traditionnelle mais aujourd’hui je suis plus à la recherche d’un échappatoire aux règles et magies  des marionnettes et ainsi voir jusqu’où il est possible d’aller avec.
Ce qui est  toujours remarquable pour moi dans mes premiers rapports  avec une  Marionnette c’est de ressentir qu’elle  peut dire des choses ou faire des choses plus que personne d’autre !

Qu’attends-tu de ton compagnonnage avec le Tas de Sable – Ches Panses Vertes ?

Je suis en compagnonnage avec Tas de Sable – Ches Panses Vertes, pour évoluer le petit solo que j’ai créé dans le cadre des solo de l’école en troisième année, pour faire un spectacle qui parle des femmes du Moyen-Orient. Un sujet qui me prends beaucoup attention et qui me tient à cœur.
Bien évidemment que même le mot compagnonnage était  inconnu pour moi avant et je connaissais pas grand chose par rapport aux démarches administratives françaises. Je suis ravi qu aujourd’hui je découvre ou fur à mesure à quoi ça correspond le  compagnonnage en avançant  sur mon projet.

Quels sont tes projets à plus long terme ?

J’envisage de créer ma compagnie prochainement et  continuer l’aventure sur mes deux projets l’Ivresse des Profondeurs/ Mille et Une nuits et Macbeth et la Comédie des Sorcières.
J’aimerais bien participer dans les projets des autres compagnies et ouvrir mes expériences.
Aussi continuer à apprendre et pratiquer les constructions aussi améliorer les compétences physiques comme la danse.

Le projet : L’Ivresse des profondeurs

Publics : Tout public à partir de 12 ans
Durée de la forme souhaitée : 1h
Création : septembre 2021, à l’occasion du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières

Note d’intention

La dernière guerre en Iran, était celle entre l’Iran et l’Irak . Elle a duré 8 ans et s’est terminée 3 ans avant que je naisse . J’ai découvert ce que c’était la guerre par l’école maternelle. Il y avait des endroits, sous la terre(des bunkers), où on n’avait pas le droit d’aller. Enfants, nous étions curieux : pourquoi était-ce interdit ? Qu’étaient ces endroits tout proche mais où on ne pouvait pas aller ? C’est en cherchant ces réponses que nous avons entrevu ce qu’avait été la guerre dans le quotidien.
La ville où je suis née, Ispahan, est au centre de l’Iran, loin des frontières. A L’ouest, il y a la frontière Iran-Irak. C’est à Ispahan que j’ai entendu pour la première fois ce qu’était l’immigration.
Des gens du sud venaient, mais il restaient à la périphérie. Petit à petit ils ont construit une ville. J’ai entendu pour la première fois des accents diff érents de ceux que je connaissais, ces accents qui disent « ils, elles ne sont pas d’ici ».
Je suis imprégnée de tout cela, sans que je le veuille vraiment. J’ai décidé de venir et créer en France. Pourquoi partir ? Pourquoi s’installer ailleurs ? Et d’où parler ?
Des populations se déplacent, cherchant à vivre mieux, simplement.

Le résultat de ces mouvements, c’est de se sentir ni d’ici ni de là-bas; se retrouver quelque part au milieu, dans un entre-Deux.

Aujourd’hui, je crois qu’il faut faire quelque chose. Qu’est ce que je peux faire d’autre que parler ? Parler pour ne pas oublier, répéter les même mots pour conjurer le sort. Parler, parler plus fort, partager un regard, un témoignage , offrir une traduction poétique de préoccupations intérieures, qui je l’espère résonneront chez ceux qui L’Ivresse des profondeurs est ce trouble qui peut toucher n’importe quel plongeur, lors de sa descente avec des bouteilles. Euphorie, confusion, trouble de la vision, perte de connaissance, angoisses, hallucinations…
La capacité de jugement se réduit, on oublie; on ne fait pas les bons choix dans les temps voulus, mettant sa vie en danger mortel.
Ici l’ivresse est celle de la plongée dans un monde de fuites, de réalités qui basculent; de mots que l’on ne peut pas prononcer ou d’autres que l’on se répète pour se rassurer.

A travers ces sujets je ne veux pas chercher la pitié, ou les clichés.Je cherche juste à parler et à trouver une manière qui ne soit pas sombre, mais plutôt créative, poétique, drôle pour parler de ces choses là .Transmettre une parole qui ne soit ni accablante, culpabilisante ou triste. Evoquer ce que je ressens, à travers des personnages imaginaires qui portent en elles la poésie, et la dureté de la vie dans certains endroits du monde, sans juger ni chercher une morale ou une solution.

Sayeh Sirvani

D’après un texte de | Leïla Hekmatnia et Mahmoud Ahadinia

Mise en scène, scénographie, fabrication | Sayeh Sirvani

Traduction et adaptation | Sayeh Sirvani et Coraline Charnet

Assistance et regard extérieur | Coraline Charnet

Création lumière, technique | Antoine Lenoir

Composition musicale | Parva Karkhaneh

Production

Production déléguée / Festival Mondial de Théâtres de Marionnettes.
Coproduction / Le Tas de Sable – Ches Panses Vertes.
Soutiens / Institut International de la Marionnette – LEM (Nancy).

Générique

Texte :
François Chaffin

Mise en scène :
Sylvie Baillon

Avec :
Sophie Matel et Éric Goulouzelle

Scénographie :
Françoise Heulot-Petit

Scénographie :
Antoine Vasseur

Marionnettes:
Yngvild Aspeli assistée de Priscille du Manoir

Chorégraphie :
Leone Cats Baril

Création musique :
Appât 203

Costumes :
Sophie Schaal

Vidéo :
Véronique Lespérat-Héquet

SYNOPSIS

Deux personnages séduisants et effrayants à la fois, capables du plus beau des sourires tout en accomplissant l’acte le plus redoutable.

L’une, mendiante arrêtée pour vagabondage et détenant six sexes masculins dans six sacs de plastique, nous entraîne, d’amour en amour, dans un parcours effarant. Mais dans ces mots-là, ce qui devrait relever de l’horreur, devient image poétique d’un monde réinventé par le regard d’une femme qui ne donnera pas la clef de ses actes.

L’autre, redoutable acteur à la figure shakespearienne décidant sous nos yeux de monter Richard III, donne vie à la tragédie en mettant à nu sa propre violence et sa monstruosité à travers un corps prêt à tous les débordements.

« J’aime tuer une femme de temps en temps, faire absence d’une femme. » Richard le Trois

« Est-ce que le noir est notre raison commune ? » Richard le Trois

Sylvie Baillon fait entendre l’écriture de François Chaffin dans un spectacle qui dit la monstruosité. Ces deux soli dressent le portrait de personnalités fragiles, provocantes et dangereuses. Moins fantoches manipulés qu’habiles fabulateurs, ces personnages sont surtout aptes à occuper la scène, que ce soit celle du crime ou celle du théâtre.

[…] les mots [de la première partie] dissèquent un réel effarant et absurde. Sophie Matel interprète cette parole divaguante mais extrêmement précise. […] Traversé de voix plurielles [la seconde partie], celles du comédien et celles du personnage, sous le joug de la machine théâtrale, il inquiète,  étonne, déborde des cadres et captive l’assemblée.

Agnès Santi

Chaque geste, chaque rôle et chaque place construisent petit à petit le monstre que nous cachons. Serions-nous tous le monstre de quelqu’un ? Et si le théâtre réel se jouait là, une fois les portes poussées d’une salle de spectacle, dans la rue, dans notre immeuble, qui serions-nous vraiment ?

Laurent Bourbousson